Dans une interview accordée à L'Équipe, Jean-Michel Aulas, le président de l'OL, a donné son opinion sur les actes de Andrea Agnelli, président de la Juventus. En effet l'ancien président de l'ECA (l'Association européenne des clubs), a donné sa démission pour lancer le projet de la Super League, qui s'est finalement conclu par un véritable échec.
Le projet de la Super League fait encore beaucoup de bruit dans le monde du football. Après le désistement de 10 clubs fondateurs sur les 12, la majorité se réjouit de l'échec de cette compétition, d'autres incriminent le comportement de certains dirigeants de ces clubs. Andrea Agnelli est l'une des principales cibles de ces critiques. Jean-Michel Aulas, membre de l'ECA, est revenu sur les événements qui ont précédé l'officialisation de la Super League.
Le président de l'OL a expliqué que le projet de cette compétition était contre l'essence même du football et contre les supporters. Jean-Michel Aulas affirme ne rien avoir vu venir sur la naissance de cette Super League. "J'avais clairement dit que nous n'en ferions pas partie parce que je pense que ce type d'organisation n'est pas compatible avec ce que souhaitent les supporters. Dans le football, toute équipe doit avoir sa chance. Il est l'un des rares sports où tout le monde peut battre tout le monde. Je ne crois pas à une ligue privée, quelle qu'elle soit", a-t-il déclaré avant d'ajouter : "Je connaissais cette menace, mais je n'imaginais pas qu'elle aboutirait à ce qui nous a été infligé. On a eu un "board" de l'ECA, dimanche soir à 20h30, où il y a eu un front du refus immédiat de la part de ceux qui n'étaient pas concernés. Sur le fond, la plupart des clubs n'étaient pas d'accord. Mais en plus, la manière était incroyable parce qu'il y avait eu un premier board de l'ECA, vendredi matin, qui avait validé la dernière négociation avec l'UEFA sur la Ligue des champions. L'UEFA avait accepté la demande principale de l'ECA, qui était d'avoir une gouvernance partagée pour gérer les Coupes européennes. C'était d'autant plus incroyable de voir sortir ce projet de Super Ligue".
La trahison d'Andrea Agnelli
Aulas ne comprend toujours pas les agissements incohérents de son homologue Agnelli. Le président lyonnais entretenait des relations amicales avec celui de la Juventus. De plus, les clubs fondateurs ont validé le projet de la future LdC. Cependant, deux jours après, la Super League est née. "On s'était réunis l'avant-veille avec les principaux clubs, dont les douze à l'origine de cette Super Ligue, et il n'y avait pas eu d'opposants", a-t-il déclaré.
Le président de Lyon a d'autant été surpris puisque Andrea Agnelli était présent à la réunion de l'ECA vendredi dernier, puis celle de dimanche, plus de sons, plus d'images. "J'en ai discuté avec le président Aleksander Ceferin à Montreux. Je lui ai raconté que j'avais essayé d'appeler Andrea Agnelli dimanche et qu'il ne m'avait pas répondu. Aleksander Ceferin m'a dit que lui-même n'avait pas pu l'avoir en direct. Cela nous met mal à l'aise parce qu'Andrea Agnelli, dont j'étais proche, avait toute notre confiance. Il y avait une relation personnelle et professionnelle. Il y a une énigme qui nous transperce. La forme surprend encore plus que le fond", a-t-il déclaré. "La déception est immense sur l'homme. J'aurais au moins aimé qu'il dise, samedi ou dimanche, qu'il allait se passer quelque chose. Il avait sûrement de bonnes raisons, mais on ne les a pas connues... Ça crée un vrai problème de fond. J'ai le sentiment d'avoir été floué", a-t-il ajouté.
"Ce ne sera jamais plus comme avant"
Selon l'homme de l'OL, les clubs fondateurs ne pourront pas revenir à l'UEFA et à l'ECA comme si de rien n'était. "J'ai lu attentivement ce que dit Karl-Heinz (Rummenigge). Il explique qu'il faut essayer de faire des ponts malgré les murs. Mais ce ne sera jamais plus comme avant. Il faut faire en sorte, si leur retour se fait, qu'il y ait un engagement sur le long terme de ne pas les voir se lancer à nouveau dans ce type d'initiative", a-t-il expliqué.
Pour lui, le projet de la Super League a paru très fragile, avec beaucoup trop d'improvisation. "C'est ce qui me surprend parce que Florentino Pérez (le président du Real Madrid), que je connais bien et que j'apprécie par ailleurs, a toujours été pragmatique, avec des valeurs. J'imagine mal que les envies ont dépassé la structure qui a été mise en place. Le fait que JP Morgan (la banque de la Super Ligue) a communiqué très vite, lundi matin, pour dire qu'ils avaient donné un engagement de plus de 6 milliards d'euros, montre qu'il y avait des choses cohérentes. Après, il y a sûrement eu des éléments qui sont venus le fragiliser", a-t-il évoqué.